La ville est par définition un lieu de contraste, à la fois construit et mouvant, et souvent vécu en tant que tel : concentration de population qui recherche un coin de tranquillité. La photographie urbaine a pour sujet la ville et ses habitants, les gens et leurs lieux de vie, de travail, de rencontre, plus ou moins marqués par l’Histoire avec un grand H ou par des histoires du quotidien. Quelques soient ses partis pris esthétiques, la tâche du photographe urbain est de rendre compte de la dualité vitale de la ville.

1) L’ouverture aux autres : le maître mot. Quand vous sortez dans la rue, soyez le plus ouvert et discret possible pour pouvoir saisir l’Instant ou Le détail qui donnera du sens à votre photo. Si vous photographier des foules, plongez-vous dedans avant de photographier pour en saisir l’atmosphère, si vous photographier des personnes, soyez prêts à respecter et à accepter leur refus. Si vous photographier des paysages ou des objets urbains, gardez toujours à l’esprit les symboles et les récits qu’ils véhiculent. Un conseil pratique : si vous voyagez à l’étranger, connaissez vos droits à l’avance et renseignez-vous sur les coutumes locales en termes de rapport à l’image. Aimer les gens, et aimez raconter ou imaginez leur histoire.

2) Timing et positionnement : une question de feeling. Tout en étant prêt à saisir la scène ou le détail insolite, prenez le temps d’observer et choisissez le bon moment en fonction de la lumière et de la fréquentation du lieu. Sortez par tous les temps et à toute heure : les photos de nuit sont un des privilèges de la photo urbaine. Un des trucs de nombreux photographes est, avant de commencer à shooter, de se placer soi-même dans la même lumière que le sujet qu’on veut photographier et de faire la mise au point sur le gris de l’asphalte ou sur sa main. Là aussi, être au bon endroit au bon moment ne dépend pas toujours de vous, mais être dans la bonne disposition d’esprit et avoir les bons réflexes de préparation vous permettront de mettre toutes les chances de votre côté !

3) L’originalité du sujet est indispensable. A moins d’une commande spéciale, évitez de photographier les monuments historiques trop connus et déjà photographiés des milliers de fois ; ou alors, trouver un angle de vue ou un traitement visuel inédit. La photo urbaine doit tenter de refléter les contrastes, les mouvements de la ville et de ses habitants : jouer sur les couleurs, le cadrage, la lumière, les perspectives qu’offre ce formidable terrain de jeu qu’est la ville. De même, rechercher les endroits insolites, parfois même délaissés ou oubliés du tumulte urbain mais le plus souvent porteurs de nombreuses histoires. La ville est comme un mille-feuille de vécus et de projets plus ou moins achevés. Enfin, sachez jouer sur les contrastes de la ville et sur le hors-champs : cadrez sur un vide qui en dit long sur les présences qui l’entourent, montrez la nature en ville et jouer sur l’opposition classique nature/culture.

4) Le mouvement dans la forme. La photographie urbaine tente le plus souvent de saisir les dynamiques d’un lieu et de son usage, eux-mêmes très structurés et codifiés. Pourtant, les photos de villes les plus marquantes sont souvent celle qui parviennent à recréer le mouvement de la ville : pour cela, utiliser les lignes, gérer la lumière pour jouer sur les contraste, les ombres et les textures, utiliser tous les ressorts et toutes les occasions qu’offre la ville pour déformer le sujet comme par exemple les reflets des surfaces vitrées, les flous qu’impliquent les mouvements d’une foule ou encore les détournement de sens des affiches publiques. Bien entendu, le jeu sur la lumière offre des possibilités infinies : jeu de lumière de jour avec les ombres des bâtiments, de nuit avec les illuminations (éclairages publics, phares de voiture, fenêtres éclairées…).

5) Matériel : privilégiez le côté pratique. Pour cela, utilisez de préférences un appareil compact, par exemple un boitier reflex 24x36, plus discret pour vous fondre dans la foule, avec une focale plutôt entre 35 et 50 mm qui privilégie elle-aussi la proximité avec le sujet, la profondeur et la multitude de détails. Vous pouvez aussi utiliser un fish-eye ou grand angle pour varier les plaisirs. Si vous n’êtes pas un pro, le mode programme (P) permet de pouvoir saisir une scène sur le vif.

6) Spontanéité : tous ces conseils ne sont que des recommandations, et si certaines d’entre-elles peuvent vous paraître contradictoires, c’est bon signe ! Sortez dans la rue, photographiez le plus de choses qui vous touchent et n’ayez pas peur de vous tromper, en ville, peut-être plus que nulle part ailleurs, un détail décisif que vous n’aviez pas remarquez tout de suite peut se révéler à n’importe quelle étape, alors tenez-vous prêt et bon shooting!

Photo par notre photographe De-Stroyev

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